Partout, en même temps, unis par un même sort, les habitants de la terre redevenus troglodytes, ont fait l’expérience inédite du confinement : privation d’espace, mais surabondance de temps. L’homme a besoin de jouir des deux dimensions. Oui, mais que faire quand l’une des deux vient à manquer ? La privation d’espace fut ressentie comme la privation de liberté. Faisant peu de cas du temps, les gens ont oublié combien ils en manquent, pourtant, dans la vie « normale ». Car le temps aussi, c’est la liberté, et c’est même le luxe suprême ! Pendant deux mois, l’occasion leur a été offerte d’en faire l’expérience.

Cette expérience du temps qui libère et nous rapproche de notre centre, je la fais avec gourmandise chaque jour, depuis les trois années et demi que je suis à la retraite. Pendant le confinement, je me suis donc réjouie de ce que tout le monde puisse vivre une telle expérience – sans avoir à attendre l’âge requis ! J’ai espéré, en extrapolant un peu mon cas personnel, que tout le monde serait heureux de cette parenthèse synonyme de retrouvailles, de retour aux sources – qui avec son conjoint, qui avec ses enfants, qui tout seul avec soi-même en ses jardins intérieurs…

Il est vertigineux de se mettre ainsi à l’échelle de la planète ! Au diapason de l’humanité tout entière ! C’est ce que l’on éprouve, parfois, quand on prie ardemment et qu’on demande à Dieu de protéger notre pauvre monde.

En me promenant dans mon quartier, j’ai beaucoup écouté vivre les gens, derrière leurs fenêtres : cris d’énervement qui fusent, rires d’enfants, caprice d’un bébé, bruit d’une casserole qui tombe… Cela m’a beaucoup touchée et émue de les imaginer, soudain infiniment fragiles et menacés, dans leur cocon. Cela m’a rapprochée d’eux. Pour moi, ce condensé sonore d’humanité valait toutes les images diffusées par les médias. Sans les voir, mais juste en les entendant, c’était un peu comme si je me trouvais au-dessus d’eux, à la place de Dieu qui voit tout, comprend tout, pleure avec nous. Comment, en effet, dans une période aussi grave, ne pas penser à Lui ? Comment ne pas L’invoquer ?

Deuxième observation, plus « terre à terre » : le besoin inné de l’homme de rompre l’isolement et de communiquer avec ses semblables. Sur tous les continents, spontanément, se sont fabriquées et échangées des vidéos domestiques montrant les mille et une manières de sublimer son confinement. L’humour était roi, comme toujours en temps de guerre ou de résistance. J’ai été éblouie de découvrir les trésors d’inventivité de mes contemporains. Cela m’a réconciliée avec les outils numériques : j’ai vu qu’ils pouvaient servir de belles causes et relier les gens utilement.

Et que dire des vidéos d’artistes ! Dans des conditions improbables, ils ont réalisé pour nous, gratuitement, des performances magnifiques : ballet de l’Opéra de Paris, chanteurs du Bolchoï, Fables de La Fontaine récitées par Fabrice Lucchini, contes pour enfants… !

On peut dire que le rêve de Malraux de la « culture pour tous » s’est vraiment réalisé pendant ces deux mois de confinement.

Je salue aussi le talent de nos pasteurs de Pentemont-Luxembourg, qui se sont réinventés pour nous offrir des partages bibliques par audioconférences et des cultes numériques – touchants par leur dépouillement et leur bonne humeur. Plus que jamais, leur parole a été une oasis.

De toutes ces belles offrandes, je garderai la nostalgie.

Troisième observation : la solidarité. Là aussi, j’ai découvert un trésor caché de mes semblables – de mes compatriotes en particulier. Jusque dans le plus petit village, combien d’anonymes se sont mis au service des soignants, des personnes âgées et vulnérables, de leur voisin isolé, en cousant des masques ou en faisant leurs courses ? Toutes sortes d’initiatives ont vu le jour pour remercier le personnel des hôpitaux : un boulanger livre le petit-déjeuner, un restaurateur le repas de midi…

Je suis fière des habitants de mon pays. Ils ont joué un rôle important dans l’histoire de cette pandémie.

Conclusion. Le confinement m’a appris ce que c’est que de vivre l’Histoire. Ce n’était pas toujours simple de me dire que je suis chez moi, aux abris, alors que, dans les hôpitaux, des armées de médecins se battent pour sauver des vies, et que des malades succombent. Là aussi, on pense à ce que Dieu doit ressentir.

Bien que confinés, nous avons tous été reliés les uns aux autres à chaque instant, attentifs, solidaires en esprit ou en actes, dans la mesure de nos moyens. Laïcs ou croyants, nous sommes faits sur un même moule de compassion et d’héroïsme, à l’image du Christ.

Sans doute, bien des laïcs ont-ils prié sans l’avouer, conscients d’être dans la main de Dieu.

C’est une grande leçon.

Pauline

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