Dialogues de sourds entre chrétiens

Depuis 4 ans de partages bibliques (j’en ai animé un chaque jour en moyenne) j’ai remarqué une difficulté à se faire comprendre entre participants sur un point fondamental de la foi chrétienne : comment être sauvé ?


Il faut déjà se mettre d’accord sur l’expression « être sauvé ». Les uns pensent au jugement dernier, les autres à la libération dès maintenant de l’esclavage du péché. Une fois ceci clarifié, le dialogue de sourd n’est pas surmonté pour autant.

Certains disent : pour être sauvé (maintenant ou à la résurrection, peu importe ici), il faut dire « oui » à l’amour de Dieu en Jésus Christ.

D’autres disent : cela ne suffit pas, il faut aussi mettre de l’ordre dans sa vie. Et cela prend du temps.

D’autres encore insistent sur la nouvelle naissance : il faut recevoir le baptême sur Saint Esprit.

Je n’ai pas l’intention ici de trancher ce débat aussi ancien que l’Eglise, mais de faire le constat qu’il est bien difficile de se comprendre parfois, malgré toute la bonne volonté et l’effort d’écouter l’autre.

J’ai une hypothèse : avec Dieu, nos expériences de vie peuvent être radicalement différentes : ceux qui ont connu le Seigneur au moment où ils touchaient le fond insistent sur la « nouvelle naissance » en Christ comme condition du salut. Ceux au contraire qui ont grandi dans la foi progressivement ou par petites étapes, et pas nécessairement à travers une grande épreuve, ont du mal à comprendre les premiers. Ils n’ont pas vécu la même expérience avec Dieu. Une expérience forte et profonde qui marque à vie n’est pas communicable, c’est bien connu.

Continuons nos partages bibliques malgré nos différences, c’est si enrichissant !

Christian T.

 

Jésus Christ fut-il aussi transfiguré au Mont Golgotha ?

 

En allant prier ce matin à l’Eglise de l’Ile Saint Louis, j’ai vu le Christ comme transfiguré sur la croix. Le vitrail du fond de l’Eglise, illuminé par le soleil levant, me montrait un Christ étincelant de lumière, « son visage devint autre, et son vêtement, d’une blancheur fulgurante »(Luc 9. 28)

Les hommes savent défigurer, seul Dieu sait transfigurer. Les hommes défigurent la terre, défigurent leurs proches, se défigurent eux-mêmes parfois.

Comment Dieu transfigure-t-il ? Il révèle l’étincelle divine qu’Il a planté au fond de chaque être humain dès sa naissance (ou peut-être même dès sa conception) et le rend visible aux yeux de la foi.

Jésus Christ fut transfiguré au Mont Thabor aux yeux de trois de ses disciples, ne fut-il aussi transfiguré au Mont Golgotha ? Et quels yeux de foi l’ont vu ainsi ? Peut-être le centenier romain qui, après avoir regardé, silencieux, Jésus mourir, s’est dit : « assurément cet homme était Fils de Dieu ». Ainsi que Jean, et les femmes qui avaient suivi le maître jusqu’à son dernier souffle.

Et nous, par les yeux de la foi, ne serions pas à même de voir le Christ transfiguré sur la croix ?

Croire que Jésus est mort pour nous est une chose, mais « voir » la gloire de Dieu se révéler sur la croix, est autre chose. Car « voir » est plus fort que croire.

Jean l’évangéliste l’a certainement « vu » cette transfiguration, puisqu’il a rapporté la prière de Jésus en ces termes : « Père, l’heure est venue! Glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie… » (Jean 17.1) Cette heure n’était pas celle du tombeau vide, mais celle de la croix.

Ce matin en écarquillant les yeux devant le Christ en croix illuminé par le soleil levant, j’ai mieux compris ce que signifie « gloire de Dieu ». Quand Dieu glorifie une personne, il ne le met pas sur un piédestal, il révèle l’étincelle divine qu’Il a mis au fond de son cœur, il la transfigure pour que d’autres, par les yeux de la foi, voient combien démesuré est son amour.

Christian T.

Y a-t-il une juste distance ?

Dans la relation entre deux personnes, il n’y a pas de juste distance dans l’absolu, comme en sécurité routière, qui serait valable pour tous et en toute circonstance. S’il y a une juste distance, elle dépend de l’une et de l’autre personne en relation. C’est une lapalissade. Mais regardez comment Jésus Christ s’y est pris avec ses interlocuteurs : a-t-il respecté la juste distance préconisée aujourd’hui, et avec raison, par les psychologues, les enseignants,  la sagesse humaine ?  Nullement ! il a touché le lépreux, il est entré dans la maison du collecteur d’impôts, il a laissé la prostituée lui essuyer les pieds avec ses cheveux. Oui, mais c’est Jésus Christ. Qui peut en faire autant ? Ce que j’observe à l’Escale depuis presque trois ans, c’est que les préconisations de la sagesse humaine sont parfois franchies sans dommage collatéral. Les bénévoles qui accueillent et écoutent les personnes en manque de lien affectif peuvent en témoigner. Quand le bénévole laisse une relation d’amitié s’instaurer avec l’autre, sachant que cela fait du bien à ce dernier, et qu’il reste vigilant quand à ses propres émotions, c’est gagné ! Mais les dommages collatéraux peuvent arriver : et c’est alors une leçon pour le bénévole qui s’est trop rapproché de l’autre, et s’est fait prendre dans un jeu de dépendance périlleux.

Revenons à Jésus Christ : s’il a pu tant s’approcher de l’autre sans prendre de risque, c’est qu’il savait que le Père céleste le préserverait de la chute et qu’en plus, c’est précisément ce que voulait (et veut encore) son Père. « le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (a dit Jésus dans la maison de Zachée).

Si nous ne sommes pas Jésus Christ, nous pouvons au moins nous en inspirer, et nous rapprocher un peu plus de l’autre qui a besoin de lien affectif. A condition de rester  attaché par la prière au Père céleste qui a besoin de nous pour faire avancer son Royaume. Rester attaché au Père, voilà une liaison qui ne comporte aucun risque pour nous, même si notre attachement est trop intime. Au contraire….

Christian

Le Covid 19 nous a-t-il éloigné les uns des autres ? Avons-nous perdu en compassion ?

Les Evangiles ne nous rapportent pas d’épidémie de virus au temps de Jésus, mais il y avait un interdit : ne pas toucher à un mort ! Dans la parabole du Bon Samaritain les prêtres et autres religieux ne s’étaient pas approchés de l’homme tombé à terre. Seul le Samaritain s’est rendu proche de l’homme blessé. Pendant l’épidémie du Covid 19 les soignants se sont rendus proches des malades non sans prendre des gros risques. Un détail de l’Evangile peut passer inaperçu : « il fut ému de compassion ». Littéralement : « ses entrailles frémirent ». Faut-il frémir de compassion à chaque fois qu’on vient en aide à une personne malade, blessée, isolée, ou un handicapée ? Faut-il « souffrir avec » l’autre ? (com-passion)
Je ne crois pas. Il y en a un qui l’a fait pourtant, c’est Jésus, sans même prendre de précaution thérapeutique, quand il touchait les lépreux pour les guérir. Mais nous ne sommes pas Jésus… La compassion est une émotion qui ne se commande pas. Elle surgit en nous comme surgit la joie, la colère ou la peur. Si elle nous envahit parfois, tentons de la canaliser pour qu’elle ne s’impose pas à l’autre qui a seulement besoin d’attention, d’écoute et de compréhension.

A l’Escale, qui a dû fermer son local pendant 3 mois, nous nous sommes rendus proches les uns des autres à travers les partages bibliques sur audio-conférence. 86 personnes ont participé et participent encore, par groupes de 7 ou 8, à raison d’une réunion par semaine.  Jésus Christ n’avait pas besoin de composer le code secret pour nous rejoindre ! Il était déjà présent dans la salle électronique avant qu’on n’y accède !

L’idée d’ouvrir un lieu d’accueil et d’écoute spirituelle au cœur de la ville remonte à 1997. J’étais alors en plein questionnement sur mon orientation professionnelle : continuer à l’Aerospatiale jusqu’à ma retraite a-t-il un sens ? Un ami, qui faisait office de coach, m’interroge un jour autour d’une tasse de café : « Christian, quel est ton, rêve ? » et ma réponse est sortie d’un coup, comme si elle venait d’ailleurs : « mon rêve ? c’est de créer une communauté où chacun peut entrer et sortir librement, et sortir grandi ». Le coach me regarde et dit aussitôt : « je vois que ça sort de tes tripes ! Il faut que tu réalises ton rêve ! Tu ne seras heureux dans la vie que quand tu auras décidé de le mettre en œuvre ! »

Mais comment m’y prendre ? Je ne voyais pas. Ce n’est que trois ans plus tard, eu août 2000, lors d’une balade en montagne avec Marie-Laure, que la décision fut prise : OK je vais réaliser mon rêve, mais d’abord, il faut que je sois pasteur.

Le soir même je demande à ma femme : « Que dirais-tu si ton mari était pasteur ? Sa réponse fut immédiate :

« Je m’attendais à la question. Je te soutiendrai pendant tes 5 années à la fac de théologie (elle s’était discrètement renseignée) et si tu es nommé quelque part, je te suivrai. »

« Alleluia ! me disais-je, les portes s’ouvrent ! »

Sans plus attendre, je donne ma démission de l’Aerospatiale (devenue entre-temps EADS) et m’inscris à la fac de théologie. 4 ans plus tard j’étais nommé à Reims. 8 ans plus tard, ayant pris ma retraite, je reviens à Paris. Et en avril 2017 naissait l’Escale.

Voici un extrait de mon journal personnel datant de Juillet 2003 : « un lieu d’accueil et d’écoute spirituelle au cœur de la ville (le nom l’Escale n’est venu que plus tard) répond au besoin de celles et ceux qui veulent grandir dans la foi mais sont bloqués par les vicissitudes de la vie : un deuil, l’enfermement dans la solitude, une angoisse, une souffrance physique ou morale. Celui qui fait grandir c’est Dieu par son action dans le cœur intime de la personne. Mais ce cœur, s’il est blessé ou meurtri, a besoin d’être aimé, accueilli, écouté avec bienveillance. Les conditions de succès : un lieu calme, facile d’accès, simple, chaleureux. Et des bénévoles qui assurent la permanence, chrétiens aptes à l’écoute et à l’aise avec la prière.

Car ce lieu sera comme la « Poustinia », (qui signifie désert en russe) décrit par Catherine Hueck de Doherty, qui a créé des maisons d’accueil et de prière au cœur des grandes villes du Canada et des USA.

Voilà en quelques mots la genèse et la vision de l’Escale, qui aujourd’hui grandit et fait grandir.

L’Escale est tout le contraire d’un club, d’un groupe ethnique, ou d’un groupe de copains qui se sont choisis.

Car ils ne se sont pas choisis, les visiteurs de l’Escale. Ils font connaissance et découvrent leur différence.

Différences de culture, tant sont diverses les origines :  française, africaine, malgache, mauricienne, chinoise, coréennes, afghane, irakienne, allemande, anglaise, chilienne, brésilienne, et j’en passe.

Différences d’expression de la foi : catholique, évangélique, protestant historique, pentecôtiste.  Là, il peut y avoir quelques « crispations » liées à des manières différentes d’exprimer sa foi. L’un priera avec véhémence en répétant plusieurs fois « Seigneur, Seigneur ! », ce qui mettra un autre mal à l’aise. La question de la vierge Marie, si elle est abordée, pourra provoquer quelques tensions entre catholiques et protestants évangéliques.

 

Et pourtant, il faut bien s’accepter les uns les autres. C’est un principe essentiel à l’Escale.

Qu’est-ce que l’esprit d’ouverture ? C’est d’abord accepter l’autre tel qu’il est. C’est aussi, plus profondément et plus risqué pour soi, chercher à comprendre le point de vue de l’autre, même si je ne le partage pas, en se disant : peut-être vais-je apprendre quelque chose de nouveau ?

L’Escale est aussi une école d’ouverture pour les bénévoles, qui forment une équipe solidaire et fraternelle. Là aussi, une grande diversité : protestants, évangéliques et catholiques doivent travailler ensemble.

L’esprit d’ouverture est lié à mon avis au sens de la verticalité. Je m’explique : avoir le sens de la verticalité, c’est se sentir porté par une colonne vertébrale qui traverse tout l’être et lui donne sa cohérence interne. Les pieds bien ancrés dans le sol et la tête dans le ciel.

C’est comme la danseuse qui, par sa verticalité, peut se permettre de s’élancer d’un côté et de l’autre sans avoir peur de perdre l’équilibre. C’est ce qui lui donne sa grâce, sa légèreté, sa souplesse.

Esprit d’ouverture et unité intérieure vont ensemble.  Et pour nous qui connaissons l’Evangile, l’unité intérieure et l’unité en Christ vont aussi ensemble.

En ce samedi 21 décembre la lecture partagée de la Bible à l’Escale porte sur la visitation (Luc 1. 39-56)  : Marie se rend en Judée pour voir sa cousine Elizabeth, qui s’étonne de voir arriver « la mère de mon Seigneur » et la déclare bienheureuse. Celle-ci s’exclame à son tour en disant : « mon âme magnifie le Seigneur… ». Et Karl Barth, grand théologien du 20ème siècle, de s’étonner à son tour que quelqu’un puisse « magnifier le Seigneur ». Je cite : « Qu’est-ce que signifie magnifier le Seigneur ? Avons-nous besoin de le magnifier ? Lui, le Très-Haut, n’a pas besoin que nous l’exaltions… »

Et bien si ! Dieu compte sur nous pour le magnifier aux yeux des hommes ! Car Il s’est fait petit dans le monde. Si petit qu’on le voit à peine autour de nous…et peut-être même en nous. « C’est dans notre misérable vie humaine que Dieu veut être rendu grand…magnifier Dieu, c’est aussi rendre Dieu grand dans notre vie, jour après jour » (Karl Barth in « Avent », Ed Roulet, Genève 1948, p. 58s)

Magali, Véronique et Samira

L’Escale n’est-elle pas le lieu où Dieu est magnifié ?  Quand Samira, malvoyante et fuyant son domicile HLM pour cause de harcèlement, vient à l’Escale pour être fortifiée par des frères et sœurs en Christ, ne donne-t-elle pas un témoignage qui nous rend à tous Dieu plus grand à nos yeux ? C’est ce qu’elle dit pour elle-même avec reconnaissance : « merci à vous, bénévoles de l’Escale, qui m’avez accueillie, j’avais du mal à sentir la présence de Dieu en ce moment… je vois qu’Il est toujours là ! » Mais nous, les bénévoles, nous pouvons lui répondre : « merci Samira ! ta présence nous encourage car nous voyons que notre travail est utile, et surtout, nous voyons Dieu à l’œuvre en toi ! »

C’est bien de se dire mutuellement merci, mais n’oublions pas que la source de ce merci est en Dieu, et magnifions le Seigneur chaque jour !

Il arrive assez souvent qu’à l’Escale la discussion tourne autour de la question : serons-nous tous sauvés ? Les passages bibliques ne manquent pas, qui soulèvent cette question : le jugement dernier, la parabole des talents, l’homme qui n’avait pas les habits de noces… et les méchants iront dans les ténèbres du dehors.

Alors la discussion prend un ton passionné :

  • Mais non ! Dieu aime tous les hommes, et Jésus Christ est mort pour tous !
  • Oui, mais encore faut-il croire que Jésus Christ est mort pour nous ! C’est la foi qui sauve !
  • Comment ? alors ceux qui n’ont pas la foi seront condamnés ?
  • Pas du tout, s’ils ont fait du bien à autrui, ils seront sauvés !
  • Moi, ça me rassure que certains n’iront pas au paradis…
  • Pourquoi ?
  • Franchement, je n’ai pas envie de me retrouver avec untel qui a fait du tort à toute notre famille !

C’est à ce moment-là que le bénévole qui assure la permanence se sent de plus en plus mal à l’aise. Comment mettre fin à ce débat dans lequel que chacun veut avoir raison, et se sent frustré de n’être pas compris par les autres ?  Comment en sortir ?

Ce qu’il ne faut surtout pas faire : prendre parti pour l’un ou l’autre et sortir sa propre théorie.

Ce que l’on peut faire :

  • Détendre l’atmosphère en racontant la blague du berger allemand, du doberman et du chat qui arrivent au paradis (voir plus bas)
  • Déclarer au groupe : bon, maintenant je vous propose de chanter des cantiques !

Et tout le monde est d’accord pour passer à autre chose.

PS : un chien berger, un doberman et un chat arrivent au paradis. Dieu demande au chien berger : à quoi crois-tu ?

  • Je crois que mon maître est plein de fidélité à mon égard
  • C’est bien, dit Dieu, assieds-toi à ma droite
  • Et toi, le doberman, qu’est-ce que tu crois ?
  • Je crois que mon maître est plein de bonté pour moi
  • C’est bien, dit Dieu, assieds-toi à ma gauche
  • Et toi, le chat, qu’est-ce que tu crois ?
  • Je crois que tu es assis à ma place !

Nous avons tous un gendarme intérieur : c’est une dimension de notre conscience, qui nous évite de commettre des fautes, ou qui nous indique ce qu’il faut faire dans telle ou telle circonstances. Nous connaissons l’expression populaire : « il faut savoir se gendarmer. »

C’est une bonne chose, mais quand notre gendarme intérieur prend trop de place en nous, au point de nous culpabiliser sans cesse, il y a problème.

J’accompagne à l’Escale une dame qui se croit incapable de rien faire. Elle n’est jamais à la hauteur. Elle utilise souvent des expressions comme : « j’aurais dû faire ceci, excusez-moi, j’ai peur de… ». Dans son enfance, sa mère lui disait sans cesse : « fais ceci, fais cela, c’est pas bien ce que tu as fait là ! »

En tant qu’accompagnateur j’éviterai de donner des conseils à une telle personne, car cela ne ferait qu’accroître son sentiment de culpabilité.

A l’Escale viennent des personnes qui ont parfois du mal à s’aimer elle-même. Peut-être leur gendarme intérieur prend-il trop de place dans leur vie ? Et si ces personnes reviennent à l’Escale, c’est parce qu’elle ne se sentent pas jugées. Au contraire, elles se sentent reconnue et appréciées.

En partageant l’Evangile, elles découvrent ou redécouvrent le regard aimant du Christ : contrairement au gendarme intérieur, le Christ nous regarde avec bienveillance. Il voit en nous ce qui est bon au plus profond de notre être.

Pour conclure : ces deux aspects de la personnalité que sont le miroir et le gendarme intérieurs, s’ils sont modérés, n’empêchent nullement de vivre notre foi et faire du bien à autrui – car n’oublions pas que la finalité est l’amour-agapè, mais si l’un ou l’autre est hypertrophié, il devient obstacle à la vie spirituelle.

Notre vie spirituelle est un chemin semé d’obstacles. Mon expérience personnelle m’a permis d’en repérer un : celui que j’appelle le miroir de pierre. Nous parlerons du 2ème obstacle, le gendarme intérieur, dans le prochain article.

Chacun transporte en son for intérieur une image de lui-même. Quand elle meilleure que la réalité, on peut devenir imbu de soi-même, pour ne pas dire rempli d’orgueil. C’est ce que le psalmiste évoque dans le Psaume 30 :

« Je me disais dans ma sécurité, je ne chancellerai jamais ! » (v. 7) Le psalmiste se croyait invincible, jusqu’au jour où il se fit absent : « Éternel, tu voilà ta face et je fus troublé » (v.8)

Son miroir intérieur fut alors brisé. Il est tombé de son piédestal à ses propres yeux.

Expérience douloureuse mais sans doute nécessaire pour revenir à Dieu dans l’humilité et renouer avec sa vie spirituelle.

Permettez-moi, ami lecteur, un témoignage personnel : A l’âge de 24 ans, je ne connaissais pas Dieu. J’étais en recherche : quel sens donner à ma vie ? qu’est-ce que la vérité ? Dieu existe-t-il ? En outre, fort de mon diplôme de l’X, je me croyais plus intelligent que les autres. J’avais en moi un miroir de pierre. De pierre comme mon cœur. Au cours d’un culte et par la voie du prédicateur, Dieu m’a parlé personnellement et j’en fus profondément touché. J’ai ouvert alors la Bible au hasard et je suis tombé sur Ézéchiel 36.26 : « je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair ». Ce fut comme une douche froide : j’ai pris conscience avec douleur de mon orgueil, et j’ai prié : « Seigneur, change mon cœur ! ».

Que cela soit par les épreuves ou accidents de la vie, ou par l’action de Dieu, notre miroir intérieur doit un jour être brisé, pour se reformer ensuite avec plus de justesse par rapport à notre réalité humaine, notre réalité d’homme pécheur devant Dieu. Alors peut être pleinement reçue cette parole de grâce venant de Dieu : « tu es mon fils bien aimé, en toi j’ai mis toute mon affection. »